Avec son vélo, il lutte contre la pollution de l’environnement !

Crédit Photo : Oumar Barry 'Oumby" /Obs24

Crédit Photo : Oumar Barry ‘Oumby » /Obs24

Je m’appelle Amadou Sadio Keita. J’ai 28 ans et j’habite dans la périphérie de la commune urbaine de Labé.  Chez moi, il y a une manière de rendre le vélo très utile. Mon activité mérite un financement  colossal, mais la pauvreté en décide autrement comme on le dit souvent : « on s’en tient du peu qu’on a ».

J’ai mon vélo depuis plusieurs années. Mon activité principale consiste à faire le tour de la ville à la recherche de chaussures usées, qui doivent être recyclées. La ville de Labé [située à 450 kilomètres de Conakry] compte vingt-huit (28) quartiers et je les connais comme ma poche. Mon vélo et moi sommes connus de tous les enfants et tous les parents sur mon passage.

Je me lève très tôt le matin pour préparer mon vélo à la chasse aux chaussures usées. D’un côté du guidon, j’attache des bonbons mais aussi des billes, et de l’autre côté des chewing-gums. Au niveau de mon porte-bagage, modifié pour s’adapter à mes besoins,  je mets les sacs vides dans lequel j’introduis les chaussures usées que j’achète ou je troque pendant  la journée.

Je sors de mon quartier en klaxonnant. Ma façon de klaxonner et mon klaxon sont reconnaissables de loin. C’est ma façon d’informer les enfants ayant ramassé des chaussures, que je suis arrivé dans le coin.

Et dès qu’ils entendent mes coups de klaxon, ils sortent en courant et s’attroupent autour de moi. Parmi eux, il y en a qui proposent deux ou trois chaussures. Les uns réclament de l’argent en échange de leurs chaussures, pour les autres, ce sont les billes, les bonbons ou les chewing-gums qui les intéressent.

Dans un quartier par exemple, je peux rester au moins deux heures car je monte rarement sur le vélo.  Si je montais dessus, je risquerais peut-être de rater certains enfants.  Je parcours plusieurs quartiers périphériques le matin pour pouvoir me retrouver l’après-midi avec les enfants du centre-ville qui, eux aussi, m’attendent impatiemment. La poussière, le soleil  et le vent sont devenus mon quotidien.

Les difficultés sont énormes. Souvent, il arrive que des enfants prennent des chaussures encore en bon état de leurs parents pour me les vendre.  Peu avant la fin du deal, leurs parents viennent me dire que ces chaussures n’ont pas fini de faire le bonheur de ses propriétaires. Ainsi, je suis obligé de les retourner. Tant pis pour moi, si ça se trouve que mon ‘partenaire d’affaires’ a déjà bouffé les bonbons ou les chewing-gums que je lui ai remis. Néanmoins j’accepte, parce que ce sont là les aléas du boulot. Pour toute personne, le travail apporte son lot de difficultés.

Le soir, avant de rentrer à la maison, je pars chez mon réparateur de vélo pour un petit entretien. C’est à ce moment que j’ai du temps pour lui offrir une visite technique. S’il s’avère qu’il y a une anomalie, on la répare tout de suite. Car je n’ai même pas le temps les dimanches et ma vie dépend de ce travail qui ne pourrait se poursuivre sans l’aide de mon vélo chéri.

Lorsque j’ai une quantité qui mérite d’être vendue, je l’amène à vélo chez mes patrons, qui vont les acheter pour les envoyer à Conakry ou parfois en Côte d’Ivoire.

Avec eux, on pèse les chaussures usées pour déterminer la quantité et naturellement fixer un prix. Parfois, je peux gagner plus de 300 000 francs guinéens (plus ou moins 37  euros) par tranche. Ça dépend de la collecte sur le terrain et je ne me précipite pas, parce que les prix peuvent  basculer à tout moment  et cela  joue le plus souvent à mon avantage.

Il me vient en tête de dire souvent aux gens que je participe à la lutte contre la pollution de l’environnement. Si je prends l’exemple du centre-ville, mon travail a permis de libérer pas mal d’endroits. Malheureusement, il en reste d’autres encore. Si beaucoup faisaient comme moi, on pourrait libérer la ville de Labé de cette insalubrité.

2 Des réflexions sur “Avec son vélo, il lutte contre la pollution de l’environnement !

  1. Bravo pour cette initiative. Je voudrais vous signaler un billet que j’ai traduit récemment traitant de la collecte, du nettoyage et de la distribution de vieilles chaussures:

    « Au Bhoutan, une campagne dirigée par un entrepreneur local collecte des chaussures usées pour les nettoyer et les distribuer à ceux qui ne peuvent pas se permettre d’acheter une paire neuve. La campagne Help Shoe Bhutan (Aide Chaussure Bhoutan) a jusqu’ici donné des chaussures à près de 1 pour cent des 740 000 habitants du pays…. »
    En voici le lien: http://fr.globalvoicesonline.org/2014/09/08/174191/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*