Maman, quand je me rappelle de toi, j’abandonne tout !

Une mère tient son bébé crédit photo : pixabay.com

Une mère tenant son bébé crédit photo : pixabay.com

Au petit matin du 28 août 2003, maman, tu disparaîssais sans dire adieu à tes cinq progénitures. En ce mois d’août 2016, cela fait treize ans que tu es parti. Seulement six mois t’ont séparé de papa, qui est décédé le lundi 17 février 2003. Deux dates gravées dans ma mémoire comme la Fatiha.

J’ai attendu ce jour pour  parler de toi en général afin d’atténuer ma souffrance interne et te  rendre un hommage mérité. Je prends donc une courageuse décision qui m’étais jusqu’ici impossible. Je sais qu’en le faisant, je ferais des mois, voire des années de cauchemars. Mais qu’à cela ne tienne. Cette fois-ci, il me le faut car mes larmes ne tarissent (presque) pas treize ans après ta disparition.

Le 28 aout 2003, j’avais à peine onze ans quand des cris  m’ont réveillé aux environs de 4 heures du matin. Pendant que tous les membres de ma famille pleuraient, nos voisins vénèrent frapper le portail et Azor, le chien, aboyait. Je ne pouvais plus continuer à dormir. Pire,  je n’imaginais pas une seule seconde que c’était celle qui m’aimait  tant qui était parti. Bien que tu fusses malade, j’avais l’espoir de te retrouver saine.

Je me  lève pantois ne sachant pas la cause exacte. Ma chambre étant dans les annexes de la concession, je jette apeurement un coup d’œil par ma porte. Sur le petit trou, à droite j’apercevais ma sœur Fatoumata Binta qui sanglotait à même le sol  et à gauche ma tante. Je transpire d’une chaude sueur.  Je m’arrête pendant plus de dix minutes, s’en sont suivis des vas-et-viens dans ma chambre.

J’ai douloureusement conclu avec des gémissements que ton jour de rappel par Dieu était malheureusement arrivé. Il restera le pire jour de ma vie. Perdre ses parents en l’espace de six mois, c’est douloureux surtout pour un enfant. Après le décès de papa, je croyais que tu allais rester avec nous. Je pensais que tu allais être à côté de nous pour nous entretenir, nous prodiguer tes sages conseils.  Je n’en revenais pas.

A l’époque , je devais quitter la classe de 5e année pour la 6e année. Je n’imaginais en aucun cas te perdre sitôt  après une année scolaire réussie. Tu aurais dû attendre me voir franchir les portes de l’école primaire.  Hélas ! Dieu en avait décidé autrement. Néné, quand je me rappelle de toi, j’arrête toute activité en espérant instinctivement que tu reviendra. Hélas ce ne sera jamais possible.

Dans la journée du 27 août 2003, quand je fus  rentré dans  ta chambre pour te dire bonjour alors que tu étais alitée, tu m’avais regardé en remuant ta tête. J’avais compris que c’est parce que tu m’aimais c’est pourquoi un tel regard. C’est fut notre dernier vis-à-vis sur terre. Néné, pourquoi ne m’avais-tu  pas dis de rester si longtemps avec toi ? Pourquoi ne m’avais-tu pas  dis de passer la journée entière avec toi ?

Aujourd’hui encore, je récents ton absence, comme si on m’avait amputé un membre. Une mère reste une mère. Elle ne se remplace JAMAIS. Comme nous le dit un proverbe turc : « Dans le cœur de l’orphelin y demeure jamais un vide ».

Je me rappelle ce jour, le cimetière de Wouro était bondé de monde. A mon jeune âge, je pensais à une fiction. Au fur et à mesure que je grandisse, je me rends compte que c’était effectivement toi qui étais dans le cercueil dont le corps fut enterré non loin de papa.

Tu nous as aimés en vraie mère, tu nous as entretenus sans faire marche arrière.  Tu es parti sans goûter les fruits des arbres que tu as plantés, tu es parti sans nous dire au revoir. Toi qui ne dormais presque pas, toi qui me rendais heureux quand je quittais l’école, toi qui me disais que papa était en mission des Nations unies en Sierra Leone pour m’épargner de la triste vérité et qu’il allait revenir vous voir parce qu’il vous aime, toi qui aimais m’amener  avec toi  au village, toi qui m’incitais à respecter les personnes âgées, toi qui me frappais pour que j’aille à l’école coranique, toi qui me faisais réviser mes leçons, treize ans après ta disparition, je pense encore et encore à toi. Comme je pense à papa et à Nenan Dalanda*. Je vous demande pardon pour toutes les bêtises que j’ai commises.

Je ne peux rien vous payer pour tout ce que vous avez fait pour moi. Nous ne pouvons rien vous payer. La seule arme dont nous disposons, c’est de faire des prières pour vous. Des prières et sacrifices  que nous faisons et nous continuerons à faire.  Dors en paix Néné, dors en paix Baben, dors en paix Nenan Dalanda.

Au fil des années, j’ai compris, comme le dit un proverbe oriental, que «Le véritable orphelin n’est pas celui qui a perdu son père, ni sa mère, mais celui qui n’a ni science, ni bonne éducation». Et grâce à l’éducation que vous m’avez donnée et celle que j’ai reçue après vous, je promets de ne pas vous décevoir. Toi et papa, rassurez-vous que je suis le chemin que vous m’auriez tracé .

*Nenan Dalanda (la  marâtre de ma maman).

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sbskalan
Je suis Sally Bilaly Sow , étudiant en Licence Professionnelle MIAGE à Labé (Guinée-Conakry). Je suis blogueur et Web activiste (observateur de France 24 et Africtivistes) depuis quelques années.

4 Des réflexions sur “Maman, quand je me rappelle de toi, j’abandonne tout !

  1. il y a des gens qui partent avec une partie de nous!!!!!!!!!!!!!!!chaque fois que tu es triste observe le ciel la plus brillante des étoiles c’est elle et de son repos elle te veille.

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